Peut-on gérer ses émotions ? (2)

Publié le par Franz

1 – L'émotion est-elle contraire à la raison ?



La conception moderne et contemporaine de l'émotion est négative et celle-ci est vécue comme une limitation aux actions raisonnables et à la plénitude de l'être. On retrouve pèle-mêle cette conception chez les philosophes de l'antiquité (notamment Platon qui considère l'émotion comme une « maladie de l'âme »), dans la plupart des religions (les émotions poussent aux péchés chez les chrétiens notamment) ou des mouvements spirituels (les émotions parasitent l'accès au Nirvana chez les disciples de Bouddha) mais également chez les philosophes modernes tel Descartes, même si ce dernier introduit l'idée novatrice et peu chrétienne que les émotions ne nous poussent pas à la faute, mais à nous satisfaire. Il appartient alors à l'âme de « gérer » ces émotions de manière à les rendre raisonnablement et donc socialement acceptables. Cette conception cartésienne des émotions est celle que nous avons spontanément en tête.

L'article paru dans Sciences Humaines dans le dossier sur les émotions : Peut-on gérer ses émotions est à ce titre révélateur. Il présuppose en effet que le sujet doit faire avec ses émotions, ou lutter contre dans le pire des cas. Dans tous les cas, les émotions nous échapperaient (entendez par là, elles échapperaient à notre soif de contrôle, celle de la raison). Réinterroger Descartes, puis les limites de sa philosophie avec l'analyse de James, avant de revenir au contenu de l'article du psychiatre Christophe André, nous permettra de mettre à jour nos opinions sur le sujet.



A – Descartes et le « Traité des passions » (1649)


Chez René Descartes, l'âme est la chose qui veut , qui délibère, alors que les passions, dont la cause est le corps, émeuvent l'âme. Pour lui, les passions appartiennent bien à l'âme, mais elles n'en dépendent pas (sinon elles seraient indiscernables des volontés). Les passions de l'âme sont donc des perceptions qui se distinguent des autres par leur capacité à émouvoir l'âme (voilà pourquoi Descartes et ses successeurs parleront dorénavant d'« émotions » qui apparaissent causées par des mécanismes corporels). Elles ne peuvent être intellectuelles, car elles viennent du corps et agissent sans médiation sur la personne (réalité duale : corps/âme). Pour Descartes, les passions prennent leur source dans le cerveau et précisément dans la « glande pinéale », qui a pour fonction de relier âme et corps. C'est par cette glande, dit-il, que l'âme peut ressentir quelque chose à travers le corps. Ainsi, les passions animent l'âme et la poussent (mais ne la déterminent pas, la différence est de taille) à agir de concert avec le corps. --> principe de conservation relatif aux émotions, reconnaissance que les émotions sont utiles pour la survie mais qu'en dernier recours, c'est toujours l'âme qui peut vouloir décider autrement.


« Le principal effet de toutes les passions dans les hommes, est qu'elles incitent et disposent leur âme à vouloir les choses auxquelles elles préparent leur corps. »


« Elles (les passions) se rapportent toutes au corps, et ne sont données à l'âme qu'en tant qu'elle est jointe avec lui ; en sorte que leur usage naturel est d'inciter l'âme à consentir et contribuer aux actions qui peuvent servir à conserver le corps ou à le rendre en quelque façon plus parfait »


Chez Descartes, les passions ou émotions sont, au même titre que les idées claires et distinctes, des pensées. Il y a ainsi communauté entre ces deux types d'idées, puisque les émotions nous apprennent bien quelque chose de notre relation au monde, mais la communauté ne signifie pas l'identité. Il y a distinction faite par Descartes entre les émotions relatives à la vie, qui sont obscures et confuses (à l'image de la relation que le corps entretient avec l'âme), et les idées claires et distinctes (établissant la vérité), qui relèvent d'évaluations rationnelles et objectives. Or, les émotions qui nous entraînent à un mouvement spontané vers ou contre l'objet qui les active ne peuvent être le lieu d'une évaluation intellectuelle. Ce qu'il est important de saisir ici chez Descartes, c'est que les émotions qui appartiennent à l'âme donnent l'impulsion au corps.


Âme (émotion --> perception obscure de la relation au corps )

Imprime mouvement vers

Corps

Je perçois (stimulus) un ours que confusément je conçois comme un danger. Mon être est alors envahi par la peur (sentiment) qui

Je me mets alors impulsivement à courir pour éviter le danger (réponse).


Dans la philosophie cartésienne, il est nécessaire de se mobiliser intellectuellement contre ces mouvements désordonnés de l'âme. Par conséquent, il faut mettre à distance ses émotions (c'est-à-dire réfléchir au lien que nous entretenons avec elles) de manière à porter les évaluations les plus objectives possibles. Par exemple par un effort de temporisation : il ne s'agit pas de se venger d'une offense sous l'emprise de la colère mais d'attendre de manière à comprendre que, le coup de sang passé, il n'y a plus d'intérêt à demander réparation ou, pour reprendre l'exemple cher à James de la peur éprouvée devant l'ours, s'arranger pour éviter toute interaction physique avec les plantigrades ou bien apprendre à s'en prémunir pour éviter les désordres émotifs. L'homme, comme au théâtre, doit pouvoir mettre ses émotions à distance pour les évaluer.


Descartes a ainsi parfaitement saisi que la volonté ne peut nous empêcher d'avoir soif, mais si elle ne peut pas empêcher les passions de s'exprimer, elle peut malgré tout s'y opposer, les différer ou les réorienter par une plus juste évaluation, médiatisée par la réflexion. C'est ce que Descartes appellera « l'exercice de la liberté » (qui se déclinera par la suite avec Kant et la révolution française comme « libre arbitre »).


Pour finir, on doit remarquer que Descartes a sans doute été beaucoup critiqué sans avoir été toujours lu ! Si Descartes est bien dualiste, il n'oppose pas radicalement pensées rationnelles et émotions, puisque ces dernières relèvent bien, chez lui, de ce que les psychologues modernes nomment une cognition. Pour Descartes, l'émotion est seulement une cognition confuse qui prend son origine dans le corps et qui n'a pas, selon lui une très grande valeur. Les émotions poussent bien en effet le corps dans une direction, mais le plus souvent « malgré » l'âme, qui cherche calme et modération. Cela empêche Descartes de saisir pleinement le rôle dynamique des émotions. D'autre part, il poursuit la tradition de césure entre l'âme et le corps et l'accentue en faisant du corps un objet d'étude scientifique totalement mécanisé.

On peut reprocher également à Descartes de séparer l'être humain de son existence pleine et entière en séparant la réalité humaine en deux dimensions. Si il parvient de cette manière à prolonger la vie d'une âme séparée du corps et évite ainsi les foudres de l'église, il entrouvre la porte à un traitement mécanique de l'âme que le médecin et philosophe La Mettrie ouvrira complètement avec « L'homme machine » (1747), en faisant du cerveau le centre de l'activité spirituelle : l'explication de l'homme peut dorénavant se passer totalement d'explication divine.

Ces deux philosophes donnent ainsi naissance à la médecine et à la psychologie modernes, chacune aujourd'hui encore malheureusement cantonnée dans le traitement des mécanismes qui leurs sont connus, ceux du corps pour la médecine et ceux de l'âme pour la psychologie. Ce dualisme introduit par Descartes est encore vécu aujourd'hui dans le fonctionnement des sciences modernes : peut-il rendre compte de la vie des émotions ?



B – La théorie périphérique de James (1884) : un retournement contre l'intellectualisme


L'héritage cartésien sera combattu ou prolongé par les physiologistes au début du 20ème siècle. Le philosophe et psychologue américain William James s'opposera par son explication physiologique au cartésianisme dans « La théorie de l'émotion ». Selon lui :


« Les changements corporels suivent directement la perception du fait excitant, et ce que nous ressentons de ces changements en train de se produire est l’émotion ».


L'émotion est la perception interne, mais non réflexive, de changements organiques. Les modifications physiologiques priment donc sur les émotions. La conscience (c'est à dire la faculté de produire des cognitions pures) n'est donc pas à l'origine des émotions, elle est même le principal obstacle, puisqu'elle développe des pensées de type rationnel qui s'opposeront aux émotions. Les émotions sont des « passions » basiques, en ce sens que l'homme qui les vit n'est pas actif dans le processus, mais soumis à une impression qui dépasse la cognition pure.


Reprenons l'exemple très connu de James : Si je vois un ours (perception), je me mets à courir (réaction physiologique) puis je prends peur en prenant conscience de mon corps (réaction émotionnelle).

On peut observer le renversement opéré par James par rapport à Descartes : c'est dorénavant le corps qui imprime ses marques sur l'esprit. L'émotion est liée à une réaction physiologique dans la situation perceptive. Elle est donc nécessairement assez brève et ne peut être prolongée qu'en changeant d'état, à savoir en se transformant en un sentiment qui sera une représentation mentale et intellectualisée liée à l'émotion vécue. L'émotion est d'autre part singulière et des expériences apparemment identiques sont vécues différemment en fonction de la construction physique et mentale antérieure de l'individu. Ainsi, je peux très bien développer, par exemple, un sentiment de haine tenace contre un ours parce que ce dernier a provoqué une émotion terrible de colère en s'attaquant à mes proches, alors que je me baladais dans une forêt canadienne. Ceci étant dit, si je suis trappeur, il est très peu probable que j'éprouve un sentiment de haine pour cet animal, puisque j'ai déjà expérimenté physiquement puis émotivement de nombreuses fois la peur de cet animal.


L'intérêt de la démarche de James en ce qui concerne une théorie des émotions est le suivant : pour la première fois et à contre-pied des idées reçues, on considère le corps et la perception que l'être vivant a de lui-même et de son environnement comme la source unique à partir de laquelle les émotions, l'intelligence et le vécu de l'individu s'enracinent. L'introspection cartésienne n'apparaît plus comme un moyen privilégié de ressentir ses émotions, c'est la physiologie et le vécu spécifique de l'individu (la somme de ses expériences et la manière dont ces dernières se sont « imprimées » chez lui) qui déterminent la manière dont chaque être vit les sollicitations de l'environnement. La raison n'est plus l'instrument déterminant de la conduite humaine, mais seulement un outil adaptatif qui ne peut être disjoint de l'unité du corps.



C – Peut-on gérer ses émotions ? s'interroge le psychiatre Christophe André (2006)


Pour incarner concrètement l'opposition entre ce dualisme cartésien et l'approche moniste de James dans la psychologie contemporaine, j'ai décidé de joindre ici, après la lecture d'un dossier de la revue Sciences Humaines traitant des émotions, un article dont le titre sous forme de question m'avait interpellé. Ce dernier était le suivant : peut-on gérer les émotions ? Soit je peux les gérer (alors maîtrise par la raison et extériorité par rapport aux émotions, c'est le modèle de l'homme cartésien) soit cela est impossible (alors pas de maîtrise, pas de dualisme et un homme conçu de manière moniste).


Christophe André distingue plusieurs manières de « gérer » les émotions en développant deux pistes de gestion. La première, qui se révèle inefficace et qu'il nomme les « stratégies spontanées de gestion des émotions », peut se décliner en trois modèles. Le premier modèle consiste en une explosion des émotions cathartiques (ou stratégie cathartique) qui vise à « vidanger » les émotions. Il semblerait selon André que les émotions (négatives, on peut l'imaginer, sinon on ne chercherait pas à les faire disparaître) s'amplifieraient avec la stratégie cathartique. La seconde stratégie spontanée, celle de la répression des contenus émotionnels, ne semblent pas mieux adaptée que la première. En effet, il semblerait que le mouvement de répression fonctionne pour la plupart des émotions passagères (par exemple ne pas se laisser aller à la colère face à une maladresse) mais pas pour les émotions nécessitant adaptation du sujet, qui se révèlent plus intenses que les premières (par exemple, les émotions provoquées par frustration professionnelle). André indique que, dans ce cas, la répression entraîne le plus souvent un « effet rebond » des contenus de pensée associés à l'émotion (les troubles obsessionnels compulsifs relèveraient ainsi de l'application de ce genre de stratégie). Enfin, la dernière stratégie utilisée, celle de la distraction, consiste à éviter le contenu émotionnel en focalisant son attention sur autre chose et ne s'avèrerait efficace que pour des manifestations émotionnelles mineures.


Selon André, l'échec des stratégies spontanées appelle à des modes de régulation plus réfléchis.

L'usage d'anti-dépresseurs est une première piste dans les troubles émotionnels sévères, puisque ces derniers ont un effet « antianxiété » et « antipanique » reconnu. Ceci étant dit, je ne suis pas sûr que la douleur qui touche l'individu maladivement anxieux ou paniqué disparaisse de cette manière, tout au plus peut-on supposer que la douleur sera mécaniquement mise à distance par l'usage du produit (avec tout ce que cela suppose comme charge d'angoisse si la personne culpabilise et n'accepte pas d'avoir à utiliser ce genre de produit pour se sentir mieux).

La deuxième piste relève des thérapies comportementales et cognitives (TCC). Ces thérapies encouragent dans leur versant comportementaliste la mise en contact du sujet avec les objets déclencheurs d'expériences émotionnelles disproportionnées. Ce qui permet au sujet d'être désensibilisé, en quelque sorte, vis à vis des situations à potentiel émotionnellement explosif. Cette approche me semble intéressante car elle peut empêcher la mise à distance par le processus défensif de rationalisation des situations spécifiquement angoissantes. Elle favoriserait alors une conduite d'adhésion émotive qui pourrait se doubler par la suite d'une approche moins « fastidieuse » des concepts et des raisonnements logiques. Ce lien entre apprentissage et état émotif ayant été particulièrement bien apprécié par le psychologue russe Vygotski.

Dans leur versant cognitif, ces mêmes TCC proposent comme moyen de régulation des émotions, et selon la tradition bouddhiste, l'acceptation du vécu émotif en tant que tel, mais sans adhésion « jugemental ». Par exemple : si je me sens triste, accepter cette tristesse mais en évitant la construction d'idées noires et coupables (« c'est ma faute ») ou la répression.

Cela soulève un problème, il me semble important : j'ai constaté personnellement par l'enseignement des pratiques philosophiques qui prônaient un usage raisonnable des passions (chez Épicure notamment) que ces démarches étaient le plus souvent vouées à l'échec. En effet, le fait d'indiquer que chacun d'entre nous peut, par exemple, réussir à se prémunir d'une émotion par la mise à distance me semble assez difficile à réaliser. La compréhension rationnelle n'entraîne que très rarement l'adhésion qui, elle, permet effectivement de changer. C'est pourquoi si des élèves comprennent intellectuellement, d'une part, que la mort n'est rien pour nous parce qu'elle est privation de sensations et, d'autre part, que sans les sensations nous ne pouvons plus ressentir ni douleur, ni plaisir, il n'empêche que ces élèves continuent malgré tout à craindre la mort. Les représentations profondes de l'homme sont rarement bouleversées par les arguments rationnels, à moins que ceux-ci s'accompagnent d'émotions qui facilitent l'apprentissage et l'ancrent dans une pratique de vie.


On ne gère probablement pas des émotions comme on gère son agenda. Penser qu'il est possible de les soumettre à un impératif supérieur, tel celui de la raison, est probablement, au pire, une illusion et, au mieux, une vue de l'esprit. Si l'émotion ne peut être contrôlée si simplement par des processus d'introspection, c'est parce qu'elle est une force sur laquelle tout être vivant, y compris l'homme, s'appuie pour se développer. Lutter contre elles, comme l'avait compris Spinoza, c'est lutter contre la vie elle-même.


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Publié dans Psychologie

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Bonjour je me prénomme nadia mère de 3 enfants. Je vivais à briouze avec mon mari, quand en 2018 il décida d'aller en voyage d'affaire à Bresil , où il tomba sur le charme d'une jeune vénézuélienne et ne semblait même plus rentrer. Ces appels devenaient rares et il décrochait quelquefois seulement et après du tout plus quand je l'appelais. En février 2019, il décrocha une fois et m'interdit même de le déranger. Toutes les tentatives pour l'amener à la raison sont soldée par l'insuccès. Nos deux parents les proches amis ont essayés en vain. Par un calme après midi du 17 février 2019, alors que je parcourais les annonce d'un site d'ésotérisme, je tombais sur l'annonce d'un grand marabout du nom ZOKLI que j'essayai toute désespérée et avec peu de foi car j'avais eu a contacter 3 marabouts ici en France sans résultât. Le grand maître ZOKLI promettait un retour au ménage en au plus 7 jours . Au premier il me demande d’espérer un appel avant 72 heures de mon homme, ce qui se réalisait 48 heures après. Je l'informais du résultat et il poursuivait ses rituels.Grande fut ma surprise quand mon mari m’appela de nouveau 4 jours après pour m'annoncer son retour dans 03 jours. Je ne croyais vraiment pas, mais étonnée j'étais de le voire à l'aéroport à l'heure et au jour dits. Depuis son arrivée tout était revenu dans l'ordre. c'est après l'arrivé de mon homme que je décidai de le récompenser pour le service rendu car a vrai dire j'ai pas du tout confiance en ces retour mais cet homme m'a montré le contraire.il intervient dans les domaines suivants Retour de l'être aimé Retour d'affection en 7jours réussir vos affaires , agrandir votre entreprises et trouver de bon marché et partenaires Devenir star Gagner aux jeux de hasard Avoir la promotion au travail Envoûtements Affaire, crise conjugale Dés-envoûtement Protection contre les esprits maléfices Protection contre les mauvais sorts Chance au boulot évolution de poste au boulot Chance en amour La puissance sexuelle. agrandir son pénis Abandon de la cigarette et de l'alcool voici son adresse mail : maitrezokli@hotmail.com vous pouvez l'appeler directement ou l 'Ecrire sur whatsapp au 00229 61 79 46 97
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I
Pourquoi les psy trouvent-ils toujours compllqué de s'exprimer au moyen de mots simples, regroupés en phrases courtes ? Est-ce par goût d'ésotérisme ? Ou pour réserver à leurs pairs le fruit de leur réflexion ? J'avoue (avec une certaine gêne) me sentir plus proche des écrits de Descartes que des formulations alembiquées de certains de ses commentateurs... :-))
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